Subjective Menu Subjective #17 août 2010 Subjective

STUDIO PARADISE PRESENTE...


David Cabannes | Thomas Pégorier | Francè Vivarelli | Greg Seidel | Laurent Gueirard

  • LABI SIFFRE / "I got the…" (1975)

    par Thomas Pégorier

    Ce titre mythique, je l’ai fait découvrir à Francè en arrivant à Marseille et depuis, j’ose le dire, ça a changé sa vie à jamais ! Labbi Siffre, ce type est un génie pour placer dans un morceau de pure soul une seconde partie sortie de nulle part proposant un beat qui deviendra culte pour toute une génération. Lequel ? Tout simplement celui qu’Eminem a recopié pour pondre son "My Name Is".

    Depuis je me suis lancé à la recherche de ces sons soul/funk qui se sont fait piller, notamment par la scène hip-hop américaine. Et on ne peut que constater l’étendue des dégâts et citer, à titre d’exemples, parmi les gros cartons de ces dernières années :
    - 2Pac avec "Do For Love" et surtout "California Love" copiés respectivement sur "What You Won’t Do For Love" de Bobby Caldwell et "Woman To Woman" de Joe Cocker
    - Dr. Dre avec "The Next Episode" copié sur "The Edge" de David McCallum
    - Beyonce avec "Crazy In love" copié sur “Are You My Woman” des Chi-Lites

    Mais les groupes d’électro s’en sont aussi donné à cœur joie :
    - Moby avec "Sometimes" de Bessie Jones et "Troubled So Hard" de Vera Hall samplés pour ses tubes "Honey" et "Natural Blues"
    - La palme revient à Fatboy Slim qui s’est largement servi dans l’héritage musical collectif : “The Rockafeller Skank” = “Love Girl” de John Barry, “Gangster Trippin’” = “You Did Tt” de The J.B’s, “Right Here, Right Now” = “Ashes, The Rain And I” de The James Gang, “Demons” = “I Can’t Write Left Handed” de Bill Withers, “Weapon Of Choice” = “Into My Own Thing” de Sly And The Family Stone

    Même des groupes comme Portishead, dont la créativité n’est pas à démontrer, et dont le titre "Sour Times" est très fortement inspiré de "Danube Incident" de Lolo Schifrin.

    Du côté des Français, on n’est pas en reste :
    - "I Love You More" de Rene & Angela Moore repris par le 113 pour leur titre "Jackpot"
    - TTC pour leur titre "Teste Ta Compréhension" reprenant "Holy Ghost" de The Bar Kays
    - la Fonky Family avec "Somebody’s Watching Me" de Rockwell pour le titre "Art De Rue"
    - Daft Punk, fer de lance de la french touch, ne s’est pas non plus privé pour leur album Discovery : "Digital love" = "I Love You More" de George Duke, "Harder, Better, Faster, Stronger" = "Cola Bottle Baby" de Edwin Birdsong
    - Modjo en récupérant l’instru de "Soup For One" de Chic
    - MC Solaar qui copie-colle "The Message" du mythe reggae-funk Cymande
    - Cassius avec "Feeling For You" repris du titre "All This Love That I’m Giving" de Gwen Macrae.

    Ecoutez et comparez, c’est édifiant !

    Si on accepte que la musique est un éternel recommencement, c’est toutefois un sentiment d’amertume qui s’installe quand on découvre la paresse et le manque d’originalité de certains groupes, qu’on adore pourtant. On peut le voir comme un hommage, mais le nom des originaux est bien rarement cité… et ça c’est un dommage !

    Personnellement, j’ai toujours tendance à préférer l’originale.

  • Back in Brazil (compilation de Gilles Peterson, 2006)

    par Thomas Pégorier

    Gilles Peterson est un type qui te fait tellement découvrir de bons sons que tu n’auras jamais assez de gigas disponibles pour tout stocker. Avec une centaine de compilations à son actif, c’est sûrement l’un des DJs les plus importants de ces dernières années. L’émission "Worldwide" sur Radio Nova, BBC 1, J-Wave au Japon et quatorze autres stations dans le monde entier, c’est lui. Son site Searching for the Perfect Beat résume bien sa démarche : explorateur, parfois archéologue de la musique, il est toujours à la recherche de sons nouveaux pour diffuser la bonne parole musicale.

    Avec l’album Back in Brazil, il nous présente ce qui se fait de mieux depuis des années au pays de la samba. Vous ne serez pas déçus du voyage. De l’ancienne à la nouvelle école, il ne se contente pas de nous faire écouter des bijoux des années 60-70 ("Nana" de Wilson Simonal ou "Todas Aque Las Coisas" de Luisito), mais également des découvertes qu’il a fait sur place dans un style plus électro, hip-hop, reggae dub, funk voir drum&bass. On sent bien que la musique brésilienne ne se cantonne plus à un seul genre (surtout avec la nouvelle scène reggae funk de Rio), elle s’ouvre à toutes sortes d’influences tout en gardant son originalité et sa fraîcheur caractéristique.

    Après avoir écouté cet album on se sent plus érudit…

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  • Radio Grenouille (88.8 FM à Marseille)

    par Thomas Pégorier et Francè Vivarelli

    Quand je suis arrivé à Marseille il y a huit ans, j’avais en poche mon Nova Mag avec un dossier spécial sur la cité phocéenne. Nova, une des seules radios parisiennes qui ose une programmation musicale de qualité. Je me suis alors demandé : existe-il un équivalent marseillais ? Non, il existe mieux ! Radio Grenouille !! Plus underground, plus libre, plus défricheuse, elle a été initialement créée dans un théâtre et est actuellement installée à "La friche de la Belle de Mai", haut lieu culturel et pôle multimédia marseillais où nombre d’artistes se sont installés. Aujourd’hui, Radio Grenouille fait partie du paysage social de la ville. Les nénuphars des trois 8 sur lesquels je me suis posé pendant sept ans m’ont emmené dans de nombreuses sphères musicales et m’ont permis de m’approprier la ville à travers les explorations urbaines et les investigations locales proposées. Parmi les émissions marquantes on trouve : un programme en direct des Baumettes qui donne la parole aux prisonniers, les chroniques ciné absurdes de l’Homme de la Rue, Cacophonie, dédiée aux musiques hors norme, l’excellent Apéro du 888 avec des mix es électro à l’heure du pastis. Bref, écouter Radio Grenouille, c’est s’informer, se cultiver, se questionner, danser, déguster, explorer, se divertir et parfois c’est juste ne rien faire.

    Pour nous, pauvres Parisiens vivant sans croassement sur nos ondes FM, le chant de la Grenouille est heureusement en écoute sur le net.

    >>> Radio Grenouille

    (Thomas Pégorier)


    Radio Grenouille, 888, les ondes batraciennes, le soleil et la mer, le 51, la multi-culture, la BO des planantes nuits blanches marseillaises, la découverte, le voyage, la crème de la musique, l’anti-fascisme, pas une seule seconde de pub. Un rêve ?... Qui risque de ne pas durer, tant ces bénévoles, véritables warriors défricheurs de la culture, ont de plus en plus de mal a se faire accorder des subventions et à être aidés par un monde qui ne voit aucun profit à faire avec une bande d’intellos mélomanes désintéressés. Le profit est ici d’une toute autre nature, pour un auditeur qui se voit offrir un travail de recherche époustouflant et sans cesse renouvelé de découvertes musicales innovantes.

    En diffusant cette radio de luxe, non seulement vous aidez à conserver un patrimoine culturel, mais vous ferez vous aussi alors partie de cette Radio Grenouille.

    Pourquoi Radio Grenouille ?

    (Francè Vivarelli)

  • CHLOÉ / The Waiting Room (2007)

    par Thomas Pégorier

    Après le dub qui m’a entraîné vers l’électro dub, c’est un cheminement cohérent qui m’a amené à l’électro. Et dans ce registre, Chloé est une référence. Tout simplement énorme son approche de l’électro minimale sur fond de beats agressifs. Un son à la fois profond et violent ressort de tous les mixes que j’ai pu écouter d’elle (notamment sur www.djmixes.net). En se faisant les dents et les doigts au Pulp, Chloé a appris à être discrète mais impeccable et implacable dans ses sélections, s’imposant ainsi tout naturellement sur la scène électro internationale. Kill the Dj, le label sur lequel elle sort cet album, est une véritable mine de talents par l’éclectisme de leurs productions entre électro, folk et rock. En allant presque à l’encontre de tout ce qui peut paraitre nécessaire au succès pour les idiots, elle nous propose en toute simplicité un univers personnel à travers ses mixes comme à travers ses albums.

    The Waiting Room s’apparente à un opéra électro riche en ambiances et sonorités variées. Elle y trouve le bon équilibre entre l’aspect élitiste d’une musique électro expérimentale hermétique et la facilité des beats prémâchés d’une musique dance commerciale. On y trouve ainsi à la fois des bombes qui vous scotcheront instantanément au dancefloor, comme "I Want You" ou "Suspended", et des morceaux plus intimistes, plus fouillés, comme "The Waiting Room" ou "Around the Clock".

    Bref, un album très complet à découvrir ou à réécouter de toute urgence.

    >>> sur myspace | site officiel | site de Kill The Dj

  • ZENZILE/ Pawn Shop (2009)

    par Thomas Pégorier

    Style musical jusqu’alors monopolisé par les Jamaïcains et les Britanniques, le dub s’est créé une culture à la Française grâce à des groupes comme Zenzile, High Tone, Improvisator Dub, Brain Damage, Lab°…

    Zenzile est le groupe qui m’a donné envie de jouer de la basse avec leur premier album Sachem In Salem (1999). Des lignes lourdes, profondes et épurées, du dub quoi, mes premières notes à la basse.

    J’aime leur métissage à la fois musical et humain. Le son de Zenzile, plus dark, plus aérien, plus envoûtant, s’écarte de la musique reggae (origine du dub) en y apportant des sonorités soul, jazz, punk, soft rock et folk. C’est un groupe qui a su multiplier les featuring éclectiques avec classe : Jamika (poétesse américaine, aujourd’hui chanteuse du groupe), Femi Kuti, Bumcello (section rythmique de –M-), Sir Jean (chanteur du groupe Meï Teï Sho), High Tone (autre groupe français de dub à tendance plus électro et drum&bass).

    Sur leur dernière galette Pawn Shop, ils perfectionnent un style personnel et unique, moins dub, plus rock, pour proposer l’album de la maturité après tout de même 14 ans de scène à travers le monde. Avec un son qui mitraille autant qu’il cajole, ce disque signe au final la naissance d’un vrai groupe stable avec pour la première fois deux chanteurs faisant partie intégrante de la formation. On peut sentir leur travail studio approfondi pour proposer un son mutant, que je recommande systématiquement.

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  • JOHN COLTRANE QUARTET / Crescent (1964)

    par Laurent Gueirard

    Je l’ai découvert pendant mes études de jazz dans les années 2000. A cette période, tous les saxophonistes avec qui je trainais ne juraient que par Coltrane. J’étais moi-même presque plus influencé par lui que par Elvin Jones qui a pourtant changé radicalement ma manière d’envisager et de jouer la musique. J’ai appris d’Elvin toutes les nuances dans le jeu de cymbale et les questions/réponses entre la caisse claire et la grosse caisse tout en gardant un aspect rythmique puissant, comme des rails qui portent l’improvisateur. Il m’a appris à groover avec le cœur.

    De Coltrane, je retiens le coté spirituel. Jusqu’alors je me sentais assez éloigné de l’aspect socioculturel afro-américain dans la tradition du Jazz. À un moment, j’ai même eu envie d’être Noir pour avoir un discours cohérent… (Rires.)

    Et puis il est arrivé (après un long chemin) avec un message d’amour universel, une ouverture vers l’Orient pour les formes musicales, les mélodies et les techniques de jeu. Ca a vraiment été une bouffée d’oxygène qui m’a réconcilié avec mes origines et m’a appris à jouer la musique comme j’étais : Blanc mais multiple, jazzman et rocker, imprégné d’histoire mais tourné vers le futur.

    Si je dois retenir un titre dans cet album, c’est "Crescent". Pour le solo de Coltrane, bâti comme une histoire racontée par un griot d’Afrique, pleine de mystère, de rebondissements, de respirations qui tiennent en haleine l’auditeur. Pour la rythmique solide aux réponses pleines de poésie. Pour l’Amour et la Violence qu’il dégage, les évocations mystérieuses, voire mystiques dans le jeu de Coltrane.

    Son apport à la musique de Studio Paradise réside dans les fondations et l’éducation musicale qui transparaissent dans mon jeu, et les idées que je soumets au groupe en parlant d’improvisation et d’évolution des morceaux sur scène.

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  • RICARDO VILLALOBOS / Alcachofa (2003)

    par Francè Vivarelli

    Ricardo Villalobos avec son ultra-minimal et très arithmétique Alcachofa, génère tel Prométhée la vie à partir des éléments musicaux les plus simples et créé un monde complexe.

    Ce Chilien de maman allemande conçoit la musique (et la vie peut-être) comme un artichaut (Alcachofa) : un légume qui s’effeuille d’innombrables fois avant d’offrir son cœur goûteux. En effet, ces feuilles mises en quinconce sont représentées ici par des sons neutres, froids, sans vie, qui engendrent les différents morceaux de ce recueil, puis qui assemblés délivrent une âme.

    Alcachofa, c’est neuf morceaux, neuf expériences, neuf démonstrations. Tout commence avec ce qui existe après le chaos : rien ou peu, un signal, un beat. Sur celui ci s’agrège une somme de bruits ou de nappes en tout genre qui agissent, disparaissent pour réapparaître plus tard de manière providentielle. Un système se construit alors, de manière anarchique, semblable à un amas de tissus, de chair et d’os plongés dans une atmosphère humide. Un système qui attend une décharge. Celle ci jaillit comme un souffle divin qui achève une œuvre gothique….. HE’S ALIVE !

    Cette décharge, c’est l’énorme et très fat infra-basse techno qui apparait à 4’44 dans le morceau "Bahahahi".

    À vous de chercher les autres dans les différents morceaux de ce fascinant album qui débute par une voix vocodée annonçant qu’il sera question de chimie et qu’il est temps de marcher (Easy Lee/Chemical/Time to run) puis qui n’offrira que des pépites comme le titre "Theogenese".

    Théogénèse, néologisme, Dieu-génèse.

    Ricardo joue-t-il seulement aux apprentis sorciers ou voudrait-il nous faire croire en Dieu ?

  • EDWARD KA-SPEL / Chyekk, China Doll (1985) — AaΔzhyd, China Doll (1987)

    par David Cabannes

    Edward Ka-Spel : son nom annonce déjà par ses sonorités une touche de spiritisme étrange. Parlons plutôt de spiritualité. Car pour le prolifique leader des légendaires Legendary Pink Dots, la musique est une religion. En sortant près de quatre albums par an, en solo ou avec les Pink Dots, la musique ne lui laisse plus le temps d’être sociable. "Dans la vraie vie, je suis un raté", dit-il. Mais il y trouve son compte, comme un ermite transcendé par sa foi.

    Cet album est parmi les plus riches et aboutis du gourou. Une pochette étrange, des synthés un brin psychédéliques, des collages de sons, des paysages sonores, deux CD qui nous plongent dans des hallucinations mystiques et introspectives. Certains diront que cette musique est dark. C’est souvent le terme employé pour qualifier une musique expérimentale. Il n’y a pourtant rien de glauque dans ces valses électro et la voix de conteur d’Edward Ka-Spel. Mais l’univers dans lequel on est plongé est non seulement très différent de celui auquel nous habituent les radios, mais surtout défini et cohérent.

    Edward Ka-Spel ne fait rien au hasard, on entend dans chacune de ses compositions que ce dont il nous parle, c’est du monde spirituel dans lequel il vit. A l’instar de Proust, pour qui la vraie vie est l’art, Edward Ka-Spel vit dans sa musique, et cela ne peut que toucher profondément l’auditeur qui palpera avec lui cette autre réalité.

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  • THE MARS VOLTA / De-Loused in the Comatorium (2003)

    par Grégoire Seidel

    En 2003 le son de The Mars Volta explose au grand jour avec ce premier album. Pour moi c’est une grosse claque, je n’avais jamais rien entendu de pareil auparavant. Dès les premières notes de l’introduction "Son Et Lumiere" on sait qu’on a affaire à un petit bijou, et on se laisse emporter par l’enchaînement de ces dix incroyables chansons.

    Mené par les virtuoses Cedric Bixler-Zavala et Omar Rodriguez-Lopez, dont les limites de l’inspiration ne semblent jamais atteintes, The Mars Volta sortira par la suite presque un album par an. Cependant De-Loused In The Comatorium reste pour moi le meilleur du groupe. Plus explosif, peut-être plus accessible que les suivants, il nous plonge dans un univers si particulier, un tourbillon musical parfaitement maîtrisé, loin des formats de radio standard et de l’alternance facile des couplets/refrains. La rythmique est effrénée et déroutante, alternant des passages rock d’une puissance incroyable et des moments complètement planants. La guitare d’Omar est hypnotisante, en jouant des mélodies à la limite de la dissonance, et donne à l’ensemble un aspect assez psyché. Quant à la voix de Cedric, elle est puissamment mélodique et envoûtante.

    La plage 7 "Cicatriz ESP" est pour moi le chef d’œuvre de cet album. 12 minutes 30 de bonheur où toutes les qualités du groupe s’expriment pleinement : un riff de basse hallucinant, un rythme unique, et une improvisation planante ponctuée de toutes sortes de sons lointains et distordus.

    Cet album m’impressionne toujours autant à chaque écoute… et des écoutes il y en a eu à outrance pour pouvoir apprécier toute la richesse de cette musique ! C’est pour moi un ovni musical intemporel, une véritable perle qu’il faut absolument écouter.

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