On cherche une approche plus directe++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Mené par Sindri Már Sigfússon, Seabear est un groupe d’Islandais au grand coeur. On y entends des odes à la nature et aux plaisirs simples de la vie. Cette musique semble couler de source et l’on se laisse rapidement emporter par les compositions... " ++
"On y entends toujours les mélanges vocaux et électroniques glitch qu’ils on toujours su faire (ils sont actifs depuis 1997). Cet album est beaucoup plus sec, plus joyeux et moins atmosphérique que les précèdent. Est ce bien ?" ++
"À la première écoute, on ne prend pas conscience du bijou que l’on tient dans les mains. L’ampleur de cet album vient après : on l’écoute, on l’écoute, on l’écoute... et un jour on s’aperçoit que l’album est resté des mois dans son lecteur..." ++
Tu connais cette horripilante variété de migraine, cet espèce de pulse électrique qui te tape le front par décharge. Tic. Tic. Tic. Tic. Tic. Tic. Docteur à temps partiel, tu imagines la circulation de ton sang, étouffée par une artère maigre comme un sphincter. Le sang s’échappe par petits jets, petites fuites en avant. Tic. Tic. Tic. Régulier. Tu as parfois la même sensation avec la musique répétitive. Tu repères une note dans un cycle très court, et à chaque fois que la note revient il y a un peu de sang qui giclasse.
Ton propre rythme cardiaque pouvait te réveiller quand tu avais cinq ans et que tu souffrais de cauchemars récurrents. Tu te tenais debout en haut d’un escalier sans fin et hop, tu dégringolais. Tous les soirs ! Dans ton sommeil tu crèves de peur, ton cœur bat de plus en plus vite, de plus en plus fort, et tout se termine dans un motif musical rappelant La Quatrième Dimension, crescendo jusqu’à ce que tu te réveilles. Imagine le générique de La Quatrième Dimension en crescendo ininterrompu, imagine que c’est vrai, que c’est ta vie : ça fout une putain de trouille.
On peut mettre plusieurs heures à sortir d’un cauchemar, mais il arrive aussi que le soulagement soit brutal. Les paupières pètent grand ouvert, et déjà le petit bout de musique n’est plus qu’un écho. Ton cœur ralentit. Au bout de quelques secondes tu ne l’entends plus bastonner tes oreilles. Enfin libre.
Il y a ce morceau de Minor Sailor, "Prison" : très dur, nerveux, inconfortable. Comme cette cage de torture qu’on appelait, justement, "L’Inconfort" : trop petite pour qu’on s’y tienne droit, debout ou allongé. Je me demande où était Jeremy lorsqu’il a composé ce titre. C’est une oeuvre de génie et le génie n’est pas de ce monde.
Première partie : un piano percuté au marteau (tic, tic) et qui éclabousse bien les aigus. Ça dure moins d’une minute ; ensuite le morceau bascule. Deuxième partie : sous les assauts d’une douceur à cordes, longue agonie du piano (transmuté en beats imprévisibles) jusqu’à essoufflement complet. C’est un peu Le Vieil Homme Et La Mer : épique, fou. Ici, Minor Sailor met en scène et contemple l’auto-destruction de sa musique. L’œuvre est douloureuse mais jamais pénible. Il n’y a pas de migraine, il n’y a pas de trouille, mais il y a peut-être l’essence sublimée de ces maux.
> Nico Calibre
