On ne voulait pas enregistrer un single évident++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Prince, j’y suis venu assez tard. J’aimais déjà beaucoup les singles, puis j’ai découvert l’album. Ce qui m’a vraiment frappé dans Purple Rain, c’est que l’album porte vraiment le son de son époque. Il est à la fois assez expérimental, très pop, accessible mais bizarre, baroque.. Ca part dans tous les sens ; c’est une espèce de grande oeuvre assez dingue." ++
"Ces étrangleurs inquiétaient toute la scène punk de l’époque ; très généralement, là où ils passaient se répandait une traînée de violence et de sexe comme nulle part ailleurs... Tout le monde avait peur des Stranglers, Pete Townsend les trouvait immondes, c’est pour dire !" ++
"Dans Gulcher, on est tous très fans de XTC. Field Music reproduit exactement ce que j’aime entendre chez les groupes britanniques qui ont cette influence-là. Ils ont sorti un album il y a trois ans, qui s’appelle Tones Of Town. Et de long en large, du premier au dernier morceau, c’est écrit de façon très subtile..." ++
"Il y a vraiment un déclic, je n’avais jamais connu ça comme ça. Un jour, paf, ça te bouffe, à travers un son de clavier céleste, la voix de Wendy qui semble transpercer les nuages ou une simple phrase comme "Life’s not complete ’til your heart’s missed a beat". Un jour tu réalises que t’as jamais entendu un truc pareil." ++
Dans sa quête désespérée de l’émotion originelle, il advient que le musicophage dégote une petite chose méconnue qui lui rappelle ses premiers émois sonores. Le pauvre névrosé retrouve alors quelques instants de bonheur authentique. Voilà ce qu’il est arrivé à celui qui, ayant tendu l’oreille plus loin que les autres, a découvert Gulcher en 2006. Fait rare : après avoir écouté l’album After Nature, les internautes et les journalistes les plus chanceux se sont arrêtés, et ils on attendu.
Depuis — tremblez ! — un nouveau chanteur a remplacé l’ancien... et Subjective célèbre aujourd’hui la renaissance de Gulcher. Sans tréma, sans confusion. Avec un nouveau single (à découvrir ici-même) qui donne une idée très enthousiasmante de ce que trame désormais le groupe.
Je ne veux pas essayer de qualifier leur musique. Les tentatives de description sont là, partout sur le Net, vous n’avez qu’à vous servir. Et franchement... je crains qu’on n’emmerde sérieusement les artistes à force de leur scotcher des adjectifs. Il faudrait arrêter de dire à Gulcher, par exemple, qu’ils sont "cérébraux". Ou bien veut-on les paralyser ? Les créateurs doivent être dans une bulle opaque (merci à Emmanuel Petit pour la métaphore de la bulle) et si la bande d’Alexander Faem pouvait même ne jamais lire cet éditorial, ce serait le pied.
À en croire — entre autres — Les Inrocks, la décennie dont nous sortons a été celle du brassage, de la recomposition. "La première décennie où aucun courant majeur n’est apparu", écrit Pascal Bertin. Je me demande si ce syncrétisme apparemment inédit n’est pas plutôt un effet de langage. Que, pour désigner un genre musical, on empile les adjectifs au lieu d’inventer un mot nouveau, cela ne doit tromper personne. Ces dernières années, de nouvelles musiques sont nées sans qu’on ne sache les désigner ; c’est très bien comme ça.
Pour le reste, tout ce qu’on peut déclarer sur l’art relève de la politique. Les hommes de Gulcher ont une rare conscience d’être des artistes pop. Lors de notre première conversation (au téléphone), Alexander présentait ainsi les choses : "on a changé de chanteur, mais la musique reste dans le même esprit. On fait toujours cette espèce de pop déviante..." Pop dans l’intention, déviante dans la manière.
> Nico Calibre
