Les guitares des années 60, on ne les a pas inventées, tu vois ? ++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Un disque pour déprimer, le meilleur qui soit. On sent dans la manière d’exprimer de la chanteuse Hope Sandoval une sensibilité que je n’ai jamais retrouvée nulle part. On est loin ici du Los Angeles hollywoodien, genre strass et paillettes. Pourtant, au bout de l’écoute, on aperçoit cette lueur d’espoir." ++
"Kraftwerk est souvent vu comme un groupe aux accents très kitchs, sujet aux plaisanteries. Et pourtant, malgré la tâche ingrate de vulgariser la musique électronique dans les foyers lambda après que Wendy Carlos eut engagé le mouvement avec son album Switched-On Bach (1968), Kraftwerk reste une influence incontournable. " ++
"Parce que cet album sent le Bronx des années 60 ! Qu’il donne juste envie de se poser dans un vieux pub quelque part dans New York, avec une cigarette, de boire un martini (parce qu’on est une fille) et d’apprécier la bonne musique de ce groupe féminin rythm and blues ! Des chœurs parfaits, la perfection du jeu de question/réponses des guitares…" ++
Quand j’étais plus jeune, j’imaginais un rescapé de la Troisième Guerre Mondiale, une silhouette finissante, un vieux visage stoïque au milieu des heures. La barbe en dit long sur l’homme qui la porte. Celle de mon rescapé était une barbe-puzzle, à la fois résignée et volontaire, mélancolique, un peu nonchalante. Au lendemain de l’Apocalypse, Nikolaï Peterov était la toile de fond insondable d’un nouveau monde. Il y a des génies qui se placent derrière, permettent au peuple de s’agiter en façade. De façon très curieuse, Adrien d’Haese me rappelle ce portrait jadis entr’aperçu. Frontman théorique, il demeure à tout instant un créateur d’arrière-scène qui, par pudeur, s’enveloppe dans une musique encore plus grande que lui. Sa voix réverbérée n’affleure qu’aux instants les plus stratégiques, tandis que du regard il perce à moitié le monde qui bruit.
À moitié ? Parce que l’innocence refuse d’ôter au monde tous ses mystères. Jamais blasé ! Dans les yeux perçants d’Adrien, on reconnaît parfois l’émerveillement d’un gamin devant une suite d’accords, devant l’enchaînement presque évident des sons... Le sentiment que tout peut être simple et beau. Les règles fondamentales de l’harmonie sont source d’extase, il les découvre à chaque fois qu’il s’y soumet (volontiers). Les chansons de Moloko Velocet évoquent la "perte de l’innocence", peut-on lire. Mais d’où ces jeunes gens parlent-ils ? Est-ce l’avenir qu’ils redoutent ou le passé qu’ils regrettent ?
Romantiques véritables, les six sont perdus dans l’histoire — à la recherche d’une beauté atemporelle, a-culturelle, absolue. Un idéal qui ne se calcule ni ne se compose, et que seul l’artiste spontané peut espérer découvrir. Ce doit être là, quelque part dans la musique épaisse de Moloko Velocet. La slide pèse sur les paupières, le drone révulse les pupilles, Mary souffle par intermittence et les ascensions soniques atteignent la grâce. À écouter juste au-delà de la limite, quand les oreilles suffoquent.
> Nico Calibre
