On n'est pas très cool comme mecs, tu vois. Donc l'inverse du cool, moi je dirais que c'est le concentré. ++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Bitte Orca, malgré son goût pour l’Afrique, l’Asie, et quelques autres territoires historiquement peu représentés par la chose pop, est de l’anti-world music : son propos n’est pas de rabattre tel élément "exotique" sur un autre, plus rassurant et confortable car bien de chez nous (comme la rythmique, bien souvent). Au contraire, sur Bitte Orca, on met en lumière les divergences, on joue sur l’inadéquation apparente d’une musique à l’autre." ++
"Impossible de parler de cet album sans commencer par les deux morceaux d’ouverture, qui figurent sans nul doute parmi les popsongs les plus exaltantes entendues en 2009. S’y retrouve la quintessence de ce qui a permis à Phoenix de devenir l’énorme machine à tubes qu’il est désormais : production gonflée aux anabolisants et taillée pour les radios, composition et arrangements on ne peut plus rusés, refrains fédérateurs..." ++
"Le chanteur Aidan Moffat peut être un personnage assez répugnant par certains aspects : il n’est pas très sexy, un peu gros, il raconte des histoires sordides... Ca pourrait être juste glauque, et malgré tout — dans cette chanson notamment — c’est assez touchant et émouvant, la manière dont il raconte ces histoires, et la manière dont elles sont magnifiées par le jeu de guitare de Michael Middelton." ++
Paris. Du bruit. Des gens se chamaillent. C’est comme ça depuis pas mal de temps maintenant. Ils se battraient autour d’un jouet. Un joujou qui fait du bruit.
La créativité du sextet tient du joyeux vol de plumes. Ils règlent des problèmes qu’ils n’auraient jamais eu en solo, et c’est justement cela, le fond de leur inspiration. Ainsi la bataille navale porte ses fruits.
Toy Fight semble avoir depuis un bail déterminé une règle du jeu qui tourne rond. Pour imager la chose, on pourrait portraiturer Brian Eno, se concoctant ses fameuses « Oblic Strategies » avec un jeu des 7 familles. C’est chiadé dans les manières, mais tout en préservant un humour d’Epinal.
Ce qui se fait sentir en premier lieu, c’est leur amour pour la mélodie. C’est la mélodie qui est en jeu. Ca peut sembler bateau (voire porte avion) comme précision, mais lorsqu’on les écoute, on se rappelle que dans le rock, les grands mélodistes ne font pas foule.
Souvent, c’est la guitare sèche qui donne le ton. Puis viennent s’y greffer toutes sortes d’éléments disparates. Un ukulélé sur transat, du piano impressionniste, des trompettes mariachies, un synthé flippé, new-wave à bloc… Les chansons s’écoulent sur un rythme hawaïen. Elles se défont pour se refaire une beauté ailleurs, dans une ambiance décontractée. L’air est au "Mellow Yellow".
Un autre dessin. Jonathan Richman compte fleurette à sa copine de classe. Mais c’était sans compter sur le petit Pierre Henry, boutonneux amoureux des phéromones. Caché dans un arbre, se faisant passer pour un oiseau, Pierre Henry émet toutes sortes de zigouigouis qui travaillent l’imagination de Jonathan et lui fait chanter ce qu’il ne voulait pas. On aura reconnu dans ce double portrait celui de Zappa et sa manière pianissimo de pervertir son doo-woop bien aimé. Toy Fight fait tout ça, il cultive les écarts, et pour faire de tels écarts, il faut bien avoir douze jambes !
À aucun moment dans l’album la richesse ne se repose sur ses lauriers. Bien au contraire, les six membres se cherchent, trifouillent des reliefs, tentent d’augmenter un peu l’histoire guitaristique avec des échantillonnages obliques, des teintes, des réminiscences cinématographiques, le tout pris peut-être dans le grenier du grand-père.
On rapproche souvent Toy Fight de Pascal Comelade. C’est vrai qu’il y a quelque chose. Mais finalement les jouets n’y sont pour rien, c’est plus subtil que ça. Tout est dans le tissage. Coudre du mélodrame avec du fil Ed Wood.
> John Raby
