À chaque fois, c'est une prouesse ++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
Voilà un groupe qui n’a jamais été pris très au sérieux, mis à part par une poignée d’irréductibles amateurs comme moi. Ils n’ont jamais réussi à décoller l’étiquette qu’on leur a bien plaqué sur la bouille dès leur début : celle de petits gars qui font des ballades pour minettes et du hardrock glam, kitsch au possible... ++
il n’est pas hyper connu, mais il a une approche totalement différente des requiems conventionnels, dans le sens où ce n’est pas plombant, ce n’est pas solennel… pas lourd. Ce n’est pas majestueux non plus, c’est quelque chose de très naturel et très léger. Je reviens toujours à l’harmonie, mais c’est tellement imagé que tu vois le truc qui monte au ciel ! ++
De la guitare acoustique avec orchestre et pas mal de teintes, de textures orientales, qui viennent de ses origines. Le style, je ne sais pas trop comment le décrire, c’est plutôt "jazz world", mais pas vraiment jazz non plus... C’est très acoustique. Et c’est marrant parce qu’au final, ça ressemble beaucoup à RevKen. ++
Kensuke pour le catcheur jap ? L’animateur jap ? Ou le joueur de rugby… jap ? Toujours est-il qu’à l’écoute de 26, leur premier né, de vingt-six minutes pile, on est assuré que si l’intention première était de ressusciter un dénommé Kensuke, il doit être en ce moment même devant une bouteille de saké. D’où l’expression (vous l’avez deviné) : une musique à réveiller un mort. Réveiller… non pas à grand renfort d’hard-core qui hurlerait par tous les pores, mais par la seule cohérence de leurs compositions. Déjà pas de chant : il faut raconter des histoires avec les seules mélodies.
Et Revival Kensuke nous raconte quelque chose en sept titres qui, à la manière d’épisodes, ne forment qu’une seule pièce, une mini symphonie. Ce parallèle n’est pas fantasmatique : un même thème, tout le long, est malaxé, complexifié, transposé dans diverses ambiances, à la façon d’un leitmotiv beethovénien. On pourrait aussi penser à un Bach en perfecto qui écrirait des formes contrapuntiques pour guitares électriques. C’est cette parenté avec les Grands qui donne une dimension balaise à leur essai.
Balaise en terme d’espace et de puissance, et non par la seule technicité. Ils ne cherchent pas à savoir simplement comment ça fait de jouer de la guitare avec quinze doigts. Ils cherchent avant tout à épaissir un thème en harmonisant le groupe comme un orchestre. D’où la quasi-absence de solos. L’heure n’est pas à l’expression individuelle, mais à la cohésion de l’ensemble.
Ils y gagnent alors un son véritablement monstrueux… Une guitare cristalline qui a mangé sa part d’écho dialogue avec deux grattes saturées bien en colère. Une basse médium, très mélodique, assoie le tout, tandis qu’une batterie battant la crème comme Battles, dynamise l’ensemble. Cette architecture, quand elle est trop léchée, donne le plus souvent des groupes progressifs démonstratifs, secs, intellos, en quatre mots, chiant comme la pluie. Mais avec Revival Kensuke, la cohérence n’est pas la finalité, elle dessert un but : comment faire prendre corps aux guitares, jouer en canon dans tous les sens du terme.
Par cette recherche, le groupe amène à éprouver le son. Ca peut paraître évident, mais pour un groupe à l’esthétique aussi progressive, ça n’est pas donné d’avance (imaginez donc Robert Fripp et Glenn Branca en ménage !). C’est pourquoi je les imagine déjà tenter différentes textures, des synthés, des trombones, des paniers, tout ce qui est susceptible d’enrichir leur son, de le rendre encore plus dense, jusqu’à ce que n’importe quel phrasé s’en retrouve transcendé, juché sur un autre niveau.
Alors si cinq types peu bavards avec des bières sonnent chez vous, et vous demandent de jouer de votre étagère pour chercher un do diminué qui sonnerait creux, ne prenez pas peur, donnez plutôt votre appartement à la science.
> John Raby
