Je crois qu'il faut oublier les autres++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Il y a plein de morceaux courts, de petites expérimentations, de brèves pièces d’humeur – entremêlés avec des morceaux gorgés de vrai bon synthé comme "(If I Knew, I’d Tell You)" et "Should Have Taken Acid With You". L’album ressemble à un zapping audio, comme si quelqu’un s’évertuait à trouver le parfait exemple de nostalgie version années 80 à la radio sans jamais être satisfait. " ++
"C’est de la pop complètement inhabituelle, qui ne repose sur aucun des principes traditionnels — notamment en termes de structure. En théorie, ça ne devrait pas du tout fonctionner. Ca devrait être un bordel intégral." ++
"C’est Brian Wilson qui chante ce titre. Il a une voix tellement naïve, tellement vulnérable... J’ai toujours pensé qu’il était l’antithèse de John Lennon. Lennon est dur, il n’est pas sentimental, tandis que Brian Wilson est faible... Presque trop faible pour vivre dans notre monde !" ++
Les songwriters reconnus détestent qu’on les prenne pour des paroliers. Même Dylan (surtout Dylan !) s’efforce de convaincre le monde qu’il est un chanteur, un musicien, un compositeur. Ce sont des pointillés qui traversent ses écrits autobiographiques. Il refuse de n’être qu’un poète — même si, dans l’esprit du peuple, ce titre lui est conféré comme une sorte de distinction ultime. On m’a d’abord vanté les talents littéraires de Hard Working Boss mais par chance je ne suis pas briton, la musique me vient tout entière.
Dans la conversation, Jim Sheppard s’arrête toujours avant la certitude. Ses idées ont beau être passionnantes, il ne les tient jamais d’une main ferme. On entend ses hésitations partout dans sa musique. Une pause, un retard, une corde qui buzze, un maybe, une alternative. Hard Working Boss est l’antithèse du péremptoire. Alors son modus operandi rationaliste peut surprendre. Il parle de logique et peu importe que cette logique soit biscornue. Les règles d’or qu’il découvre ne disent rien de ce que nous avons déjà entendu. C’est un artisanat neuf.
Quand je demande à Jim comment il en est venu à enregistrer des pop-songs de deux minutes entre son lit et sa fenêtre, il me parle d’abord... de son père. De toutes ces bandes abandonnées au grenier, de ces tubes en puissance qui "ne feront jamais partie des années 60". Je sens un fatalisme vaguement amer. Est-ce qu’on pourrait secourir de l’oubli ces compositions géniales ? Trop tard, semble répondre le fils, le temps s’est refermé sur les manuscrits. Chaque son a son époque ; on ne peut pas tout ressusciter.
Jim enregistre chez lui sur un équipement lo-tech. Puis il se promeut discrètement, en alimentant sa page myspace comme s’il se contentait d’ouvrir sa fenêtre : les passants doivent tendre l’oreille. Voilà le genre d’idole que chacun aimerait avoir sans partage. Et j’imagine qu’au fond, bien qu’il n’y fasse pas grand chose, cela l’inquiète un peu. Personne ne veut finir au fond d’un placard empoussiéré. Subjective rencontre beaucoup de musiciens amateurs et connaît le destin auxquels la plupart sont voués. Chers lecteurs, nos coups de coeur sont des alertes.
> Nico Calibre
