Le but est quand même d'installer un peu de magie++
La prochaine soirée Subjective Live !, ce sera le 21 octobre, toujours à l’International (Paris 11). Plateau fantabuleux avec Clint Is Gone, Studio Paradise, et Lepolair.
"Il est assez rare qu’un groupe vous donne le sourire du début à la fin de son concert. Or, je peux vous assurer que Gablé peut transformer une journée maussade en fin de soirée délicieuse : vous aurez les zygomatiques détendus, l’air benêt, et les pieds qui dépassent de la couette sans que ça vous gêne outre-mesure..." ++
"Son troisième est la confirmation de l’immense talent de la Californienne. Elle en déploie tout l’éventail : de longues pièces richement accompagnées (une batterie et un piano s’ajoutent aux cordes), des chansons sobres à la harpe seule dans lesquelles la chanteuse s’amuse avec les pincements de voix de ses débuts." ++
"Le Trésor De La Langue n’est pas un album de musique. C’est un album de musicien, et c’est un témoignage historique. Il navigue entre la parole et la mélodie, entre le discours politique et l’improvisation, entre le micro-trottoir et le Jazz écrit. Sorti en 1989, il n’a rien perdu de sa fraîcheur parce qu’il n’évoque pas un style musical. Cet album s’écoute, mais c’est aussi autre chose que de la musique." ++
"La musique est distillée dans la lenteur, les résonances. Jason Molina crée d’envoûtantes parties instrumentales à base de l’essentiel : une guitare, quelques percussions, parfois un piano. Aucun arrangement n’est laissé au hasard. Aucun accord n’est lésé. Aucune nuance oubliée. Tout évolue de manière évasive mais construite. Une sorte de folk où on aurait marié Palace à Labradford… " ++
Connaissez-vous l’expérience du vase clos ? À l’intérieur on rit, on baise, on bouffe, on boit, on clope ensemble. Après plusieurs années, les poissons commencent à se ressembler : ils parlent avec la même voix, portent les mêmes chaussures, et s’ils se disputent, c’est parce que leur pensée (au singulier, composite et complexe) s’est dispersée parmi plusieurs cerveaux. Lorsqu’ils se réunissent à l’occasion d’un congrès annuel et qu’aucun ne manque à l’appel, les poissons constatent avec honte l’opacité de leur groupe, mais qu’y peuvent-ils ? Les invités d’honneur, étrangers à cette fraternité incestueuse, ne savent pas où ni comment s’asseoir.
En théorie, ce qui est vrai de la petite horde l’est a fortiori du duo d’amis. Benoît Farine et Olivier Minne se fréquentent depuis si longtemps qu’ils ne souhaitent plus parler de leur rencontre, craignant de la réciter par coeur et d’ennuyer tout le monde. Conformément à l’expérience, l’interaction prolongée de ces deux esprits sans repos a créé un univers. Subjective vous parle d’univers à tout bout de champ, mais de quoi s’agit-il vraiment ? C’est un espace qui, pour ainsi dire, finit par englober ses propres références, ses propres standards, et qui se valide de lui-même.
Cependant, vous savez que le post-modernisme — le bon vieux post-modernisme — poursuit son oeuvre. Tandis que subsistent de façon massive les modèles du rock’n’roll band, d’un côté, et de l’homme-juke box de l’autre, d’aucuns s’amusent à brouiller les frontières entre sociétaires et contributeurs, à dessiner des collectifs à géométrie variable ou — c’est plus fort — complètement a-géométrique. Ainsi donc, contrairement à notre horde de cobayes réunis en congrès, Luminocolor ne veut fermer sa porte à aucun invité. Aussi vrai qu’il s’agit d’un duo, Luminocolor est personne ou tout le monde, un café, un moment, un grenier ou le ciel. Dans leur musique et dans leur pensée, on trouve partout cette ambivalence. Qui est, fort logiquement, la conséquence d’être deux.
Vous observerez ainsi le rapport ambigu qu’entretient Luminocolor à la chose pop. C’est inscrit dans leur musique ! "Un bisou sur l’oreille et un doigt coincé dans la porte". (Que l’auteur de cette jolie métaphore m’excuse de ne pas retrouver son nom.) Ou encore : de chaudes mélodies (saxophone et guitare acoustique, tout de même) sur des rythmes insensés, qui nient le métronome biologique quand ils ne l’imitent pas. Ca se veut accessible mais pas populaire, ou peut-être l’inverse ? En tout cas, on dirait des jazzmen.
Un conseil enfin : écoutez cette musique au casque. Certaines musiques sont visuelles, ce qui ne signifie pas qu’elles contiennent des images intrinsèques. Écoutez cette musique au casque en parcourant la rue dans un sens, puis en remontant la rue à contre-sens, changez de ville, peu importe, la musique reste pertinente quel que soit le mouvement et quelle que soit l’image. La musique éclaire l’image ! Voilà, nous y sommes !
> Nico Calibre
