Shadow Motel – Partie II / bruit de la passion


« Bruit de la passion », un jeu de mots que n’aurait sans doute pas renié Thomas Vandenberghe à la grande époque de Rocksound – temps héroïques où la presse spécialisée décortiquait les secrets sonores d’Alice in Chains et de Pearl Jam et où la pédale d’effet était au cœur d’enjeux artistiques majeurs. Fallait-il préférer le pédalier de Tom Morello ou le mur d’amplis de Billy Corgan? Et que penser des guitares à sept cordes de Korn? Et de la maîtrise de la Whammy? De ces années d’acné et de goûts simples, il nous reste le réflexe de glousser d’admiration devant le « matos » d’un groupe bien équipé. Nous avons donc demandé à Shadow Motel de nous parler de leurs instruments et de leur passion pour le bruit afin d’en savoir un peu plus sur les arcanes de leur « noisy pop ».

Quand nous sommes allés vous voir au Oz bar à Lille, nous avons remarqué un petit synthé au dessus de ton orgue, Swan. Tu peux nous en dire plus sur son utilisation? Imagines-tu aller davantage vers des sons plus synthétiques à l’avenir ?

Swan: Oui, j’aimerais beaucoup ! J’attends juste de trouver le bon instrument (et d’avoir vraiment du temps non seulement seule mais aussi avec le groupe) pour que la transition se passe en douceur: malgré tout le temps que j’ai consacré à différents groupes depuis quelques années maintenant, si on met bout à bout tous les moments que j’ai passé derrière un « vrai » piano, ça représente plus de temps que celui passé derrière des claviers numériques, des synthés ou des orgues électriques. Avoir un instrument qui se branche ça n’était pas vraiment intuitif pour moi. Ça va évidemment beaucoup mieux, mais il va falloir que je procède par étape pour me « synthétiser » ahah.

Sur certaines chansons, ça frappe dur… comme « Jim » par exemple. Un coup de caisse clair sur toutes les mesures, ça rappelle un peu les tubes « stomp » des 60’s. Édouard, peux-tu nous parler un peu de ce qui t’inspire en terme de rythme ?

Édouard : Je puise surtout mon inspiration quelque part entre John Bonham et Julien Barbagallo ! Ayant découvert la batterie assez tardivement, je me sens toujours en phase d’apprentissage et je suis en constante évolution : je ne sais pas comment évoluera mon jeu, mais ce qui est sûr c’est que « question déconne, j’suis pas l’dernier ».

Julien, quelle est la part d’improvisation ou d’accident dans tes parties de guitares ? T’arrive-t-il de jouer vraiment deux fois le même morceau ?

Julien: Pour le moment, mes parties sont écrites de manière à laisser place à l’improvisation, je ne joue donc jamais un morceau deux fois de la même manière. Cela dit j’y ai pas mal réfléchi ces deniers temps et je pense commencer à intégrer petit à petit des parties plus fixes, plus écrites.

Nous rêvons de publier un schéma « plan-son » d’un artiste subjective, un schéma tel qu’on pouvait les voir dans Guitar Part, qui nous expliquait comment David Gilmour ou Eddie Vedder plaçaient leurs pédales par rapport à leur(s) ampli(s). Julien, pourrais-tu nous faire un petit dessin détaillant ton dispositif sonore ?

Julien: Je suis pas vraiment un expert sur Paint mais mon rig n’est pas bien compliqué donc je vais l’écrire comme ceci : Fender Jazzmaster => TC electronics Polytune => Hermida Audio dual boost => Maxon CP9 pro+ => MXR M234 chorus => Strymon Timeline => Orange AD30 tc

On trouve sur Youtube des milliers de vidéos de pédales modifiées. Julien, est-ce que le circuit-bending t’intéresse? Quelle serait la pédale de distorsion idéale selon toi ?

Julien: Ça m’intéresse oui et non, je regarde pas mal ce genre de vidéos mais au final je n’achète pas de pédales d’OD « maison », pour la simple et bonne raison qu’elles n’apportent souvent pas grand chose de plus que les classiques. Pour le moment en ce qui concerne les saturations/overdrive je fais tout avec l’ampli, rien de plus, donc je vous dirais que l’overdrive idéale serait celle d’un tweed deluxe 58 poussé à bloc. Mais l’overdrive du Orange ad30 se défend bien elle aussi.

La guitare prend une grande part de l’espace sonore. Elle s’infiltre partout à grand coup de delay et reverb. Envisageriez-vous de laisser un peu de place pour un deuxième guitariste ?

Julien : Absolument pas !!! Quelle drôle d’idée !!!

Quand on tape « Kevin Shields » sur Google la deuxième suggestion qui nous est donnée, c’est « pedal board« . On tombe alors sur des photos de toutes ses pédales et  des discussions sans fin sur des forums de passionnés. My Bloody Valentine auraient dépensé 200 000 livres en matériel (mais sûrement pas que) pour pouvoir finir leur dernier album. Cette obsession pour le son, qu’est-ce que ça vous inspire?

Julien: Je suis assez fan de matos en général, je passe des heures et des heures sur les forums et sites dédiés, ça me passionne vraiment. Et pas seulement le matos guitare, mais aussi studio. Après pour être honnête je dois dire que j’ai un peu ralenti là dessus, je passe moins de temps sur ces forums parce que je me suis rendu compte que je passais plus de temps à me renseigner sur du matos qu’à jouer, ce qui est con. Dans le cadre de la production d’un album, passer des mois voire des années à chercher du matos, des studios, le bon preamp Helios original, c’est surtout un luxe qu’on peut se payer quand on s’appelle My Bloody Valentine ou bien même U2. A notre échelle, produire un album, c’est surtout une bonne grosse histoire de compromis !

Propos recueillis par Atlas Ibiza et Nicolas Fez

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