Luminocolor


Quelles sont vos passions en dehors de la musique ?

Olivier Minne : En dehors de la musique ? Y’en a pas !

(rires)

Olivier : C’est déjà pas mal, non ?

Benoît Farine : Après, il y a des centres d’intérêt… Forcément, il y a mon boulot (menuisier ébéniste). Même si ça n’a pas toujours été évident. Quand j’ai commencé les études à Saint Luc à 24 ans, il y avait des mecs de 18 ans qui faisaient des trucs de fou… Je ne suis toujours pas super confiant, et j’ai un peu de mal à pratiquer — je n’ai pas les machines, pas de local… Mais j’aime bien ça. Le fait de partir de rien et de finir avec un résultat concret devant les yeux. J’adore ça. C’est très valorisant.

Olivier : Et moi je me passionne pour plein de choses. Des passions-éclairs : ça vient, ça part. C’est super chiant dans la vie, d’ailleurs. Je me suis passionné pour l’architecture, et après je me suis dit : « non, vraiment, tu ne veux pas être architecte ». Je me mets des défis. Par exemple, j’ai voulu avoir des poules à la maison : j’ai construit le poulailler, et une fois que je l’ai fait, j’étais content, et… les poules sont parties dormir chez le voisin !

(rires)

Luminocolor est le seul élément de stabilité ?

Olivier : La seule passion tenace, c’est la musique, ouais.

Benoît : Cela dit, tu n’abandonnes pas tout de suite ! Par exemple en archi, tu as quand même de sacrées bases…

Olivier : Oui, mais une fois que j’ai défriché le terrain… Alors que c’est con : généralement c’est une fois que tu rentres dans le détail que ça devient intéressant. Mais une fois que j’ai pigé le mécanisme, je me désintéresse du truc. C’est l’histoire du mec qui ne finit jamais sa maison.

Benoît : Ce qui est bien, en même temps, c’est que dans la musique le mécanisme de construction est tout le temps remis en cause. Pour moi en tout cas, dès que j’ai utilisé un procédé trois ou quatre fois dans Lumino, je m’interdis de l’utiliser à nouveau.

Olivier : Parfois aussi, on laisse un procédé de côté pendant un certain temps, et puis on y revient. On se dit : « tiens, ça c’était chouette ». Peut-être qu’on trouve mieux comment l’utiliser après l’avoir mis de côté. Mais ce qui est bien aussi dans Lumino, c’est que quand je t’envoie un morceau et que tu me le renvoies, il y a tellement de trucs qui ont changé que l’excitation revient. Tu n’as pas le temps de t’essouffler parce que l’autre t’a lancé un nouveau défi. Ca maintient aussi la tension.

Quelle est l’actu pour Luminocolor ?

Benoît : On est parti sur un projet de remixes, qu’on repousse sans arrêt : on se fixe une deadline, et à chaque fois on se rend compte que ça va être difficile à tenir… L’idée est venue d’un concours de remixes lancé par Antipop Consortium, qui mettait des pistes à disposition. Nous, on est hyper fans d’Antipop depuis quelques années. Du coup, on a pris les pistes, on s’est éclaté, et on a fait un remix. On prend de la matière, on peut ajouter la notre : c’est très grisant. À partir de là, on s’est adressé à des artistes qu’on aimait bien, des potes à nous… On a un remix de Dylan Municipal en cours, il y a un Gregaldur qui arrive, on aimerait bien faire Norman Bambi… Au début, on s’était dit qu’on ferait un EP de remixes. On s’est retrouvé avec tellement de morceaux qu’on a finalement décidé de faire unalbum de remixes… dont la sortie était prévue en avril 2010 !

Ah, c’est demain !

Olivier : Et on a finalisé deux morceaux !

Benoît : Trois, avec le We Are Enfant Terrible. Bref, on a finalement décidé d’en faire plein, et quand il y en aura assez, on en choisira un certain nombre qui sonneront particulièrement « Luminocolor » pour en faire un EP ou un album téléchargeable gratuitement.

… qui sera prêt quand il sera prêt.

Olivier : Oui. On préfère te dire ça, parce qu’on met autant de temps à pondre le remix qu’à le masteriser. À cause de nos exigences et de ma fainéantise. On a pensé que ça ne serait pas très contraignant, mais en fait ça bouffe un max de temps. De ce fait-là, on ne bosse pas du tout le nouvel album.

Vous aviez un autre album sur le feu ?

Olivier : Il y a plein de morceaux qu’on n’a jamais enregistrés, qu’on n’a jamais sortis. En septembre dernier, on a décidé de se concentrer sur de nouveaux morceaux qui existaient déjà au stade d’embryon. Mais finalement, parce qu’on a bénéficié de l’accompagnement du réseau RAOUL, on s’est mis à travailler presque uniquement le live.

Benoît : Depuis le premier album, on a plein de choses en attente. Il y a un projet folk qu’on garde sous le coude ; c’est peut-être Olivier qui est le plus motivé, même si on compte le faire avec Lumino.

Tu es revenu à ce projet d’être un songwriter folk, Olivier ?

Benoît : Attention, on ne parle pas forcément de folk chantée ! Une folk très instrumentale, le moins electro possible, avec un enregisstrement sans fioriture, sans effet.

Olivier : Basé sur les cordes… On a déjà des morceaux. C’est un projet à part entière, et il aura son heure. Peut-être. Ou bien on va se lasser et on va finir par laisser tomber. Mais j’y tiens tellement que… ! (rires)

Benoît : Il y a aussi le nouvel album, qui n’est pas prêt de sortir, mais qu’on a tout de même en tête. Ca s’appellera « Résonances ». Parce que l’idée est de faire des impacts qui résonnent. Ou bien des choses qui arrivent, qui durent un temps très court, et qui s’arrêtent. Donc une construction autour de la présence, de l’absence, et de la résonance.

Olivier : En fait on veut que cet album soit mélodique, beau… On le veut tellement beau qu’on prend vraiment notre temps !

Est-ce que vous avez une vision claire de la direction dans laquelle pourrait évoluer votre musique ?

Benoît : Je dirais que non. Je ne sais pas comment ça va évoluer — au-delà de ce que je viens d’expliquer sur notre prochain album. J’ai trippé quand on a fait le piano/saxo pour Subjective l’autre jour : je nous verrais bien d’ici cinq ans faire un album avec piano, saxo, batterie, je sais pas… Revenir aussi à des choses très acoustiques…

Olivier : Ah, c’est bien ça ! Parce que moi j’ai vraiment envie de me barrer beaucoup plus punk ! (rires)

Benoît : Voilà, il y a plein d’envies !

Mettons vos divergences sur la table !

Olivier : Ce ne sont pas des divergences, mais on a envie de tout ! Ca fait longtemps qu’on se dit qu’on aimerait bien jouer dans une formation à côté de Lumino, pour s’éclater, un truc qui ne soit que de l’énergie — vachement plus punk. Mais avec nos projets divers et variés, on n’aura jamais le temps de le faire.

Benoît : Ah, mais Peru Peru c’est déjà un peu ça !

Parlez-moi de Peru Peru !

Olivier : Peru Peru, c’était une formation qui s’appelait The Secret Peruvians et dont on ne faisait pas partie au départ. Je crois que tout a commencé avec la compilation Pilotti, pour laquelle Damien, Christophe, Julie et Amélie ont créé un groupe-blague. Ils ont fait un morceau pour s’amuser, et c’est devenu The Secret Peruvians. Sans Damien et Christophe, mais avec deux autres nanas à la place.

Benoît : Julie et Amélie nous ont d’abord invité à une répét’ de The Secret Peruvians. Donc on a observé, on a un peu gratouillé des trucs sur le côté. Trois ou quatre mois plus tard, elles sont venues chez Oliver pendant qu’on y enregistrait l’album de Lumino. On a discuté, et c’est là qu’elles nous ont proposé d’intégrer Peru Peru.

Olivier : Donc à la base j’étais à la batterie, toi à la guitare… Ensuite il y a eu Johann Simon à batterie

Benoît : (C’est l’ingé son des We Are Enfant Terrible.)

Olivier : Et quand Johann est arrivé, je me suis mis à la basse. Puis Johann a arrêté parce qu’il n’avait pas de temps, donc on a fait appel à Alix pour la batterie. Maintenant c’est une formation dan laquelle on n’arrête pas de changer d’instrument. Et c’est une bonne bande de potes avec qui on aime bien partir en vacances ! Peru Peru c’est la récréation. C’est le groupe qui fait du bien. Ce sont les filles qui amènent les morceaux (même si on en a ajouté quelques-uns), on a juste à gérer nos parties. On se laisse plus porter dans Peru Peru que dans Lumino.

Benoît : En même temps, si on se laissait porter dans Lumino…(rires) Au départ, on a dit : « notre priorité, c’est Luminocolor ». Tout ce qui est démarchage, recherche de dates, ça prend déjà énormément de temps pour un groupe, alors s’il faut en gérer deux… Mais moi, j’ai quand même mis un peu de temps…

À rentrer dans un nouveau projet ?

Benoît : Ouais. Et dans un projet pop. Par rapport à ce que je te disais sur la musique pop… Je trouvais ça super simple, un peu facile.

Olivier : Moi j’aime beaucoup la manière dont les filles composent, et j’aime beaucoup les morceaux des filles. Toi aussi Benoît, d’ailleurs.

Benoît : Oui, c’est en jouant les premiers morceaux qu’au fur et à mesure, j’ai pris de plus en plus de plaisir à finaliser mes parties, à les améliorer. J’ai incorporé les morceaux, et maintenant ils me plaisent vraiment.

C’est de la pop, mais ça te semble quand même valable…

Benoît : Oui, parce qu’on essaie toujours de trouver le petite accord, le petit truc qui fait la différence, qui surprend (même si ça n’est pas vrai sur tous les morceaux : certains sont très simples). Les derniers morceaux, je m’y suis fait beaucoup plus vite.

Olivier : Ils sont moins pop, d’ailleurs. Toujours pop, mais moins faciles. Les filles, ça les arrangeait quand même d’avoir des gars disponibles, mais qui ne sont pas là pour imposer leur manière de voir. Même si, à force, c’est devenu un « vrai groupe », dans lequel chacun apporte sa patte. Alix, à la batterie, est totalement libre de faire ce qu’il veut. Alix vient d’un univers complètement différent : il joue dans un groupe de chanson française qui s’appelle Slibard, et avant ça il faisait partie d’un groupe emocore qui s’appelait The Gay Corporation. C’est un sacré personnage ! Il a son caractère ! Mais en voyage, c’est assez marrant.

Benoît : On est parti à New York ensemble, on se connaissait depuis six mois, et on l’a vraiment découvert là-bas. Hilarant, ce garçon ! Beaucoup de petites blagues bien salaces.

Olivier : Ca, ça nous manquait un peu de Lumino.

Les blagues salaces ?

Benoît : Oh, t’inquiète ! (rires)

Olivier : Non, cette espèce d’aventure humaine ! C’est pas la même chose, puisqu’avec Benoît on était pote depuis très longtemps (13 ans je crois)…

Benoît : Mon Dieu !

Olivier : Dans Peru Peru, on retrouve ce côté aventure humaine. On se découvre petit à petit, on apprend à se connaître, on a des personnalités différentes et le mélange est un peu étonnant…

En résumé, avec Peru Peru, qu’est-ce que vous avez fait, et qu’est-ce que vous projetez de faire ?

Benoît : On a enregistré huit ou neuf morceaux. On a fait des concerts. On est parti à New York grâce à Peru Peru (Julie était très motivée). Voilà, c’est tout je crois.

Vous avez joué à New York ?

Olivier : Oui, avec Peru Peru et avec Luminocolor.

Benoît : Sept concerts de Peru Peru et quatre concerts de Lumino — une petite tournée.

Olivier : On a fait onze dates en douze jours !

Benoît : Ca a été une grosse surprise, parce qu’on s’attendait à en faire trois ou quatre. Mais au fur et à mesure, les filles ont booké des trucs, pour Peru Peru et aussi pour Luminocolor.

Vous avez d’autres projets musicaux en dehors de Luminocolor et de Peru Peru ? Toi, Benoît, j’ai vu que tu avais ta rubrique « solo » sur le site de Lumino ?

Benoît : Oui, Sono LoFi. J’ai complètement arrêté. Entre 2004 et 2006, on ne répétait plus du tout avec Lumino. J’ai eu mon premier ordi, on m’a filé Fruity Loops, on m’a montré deux ou trois trucs… Et pendant deux ans, j’ai trippé là-dessus, en partant dans plein de voies différentes.

Olivier : Et t’as eu un voisin motivant !

Benoît : Ah non, ça c’était avant. J’avais un voisin, deux étages en dessous (il a un projet qui s’appelle Orange Zèbre). On s’est variment bien entendu musicalement : il écoutait Tortoise, plein de trucs qui me parlaient. Et lui faisait déjà des trucs complètement dingues sur ordinateur. Oui, c’est vraiment lui qui m’a montré la voie !

Et quand vous avez recommencé avec Lumino, tu as arrêté tes expérimentation solo ?

Benoît : Oui, c’est ce que je t’avais expliqué : il y a un morceau de Sono LoFi (« Synthé Labo ») qui a été mis sur une compile Pilotti, suite à quoi Damien (de Pilotti) m’a demandé de venir jouer pour un festival. J’ai d’abord dit non, et puis j’ai fini par rappeler Olivier pour faire le live. C’est comme ça qu’on s’est remis à bosser ensemble.

Olivier : Moi, ça m’a re-motivé pour faire de la musique.

Vous aviez arrêté…

Olivier : … quatre ans, je crois.

Toi Olivier, tu avais complètement arrêté la musique ?

Olivier : Ah, moi j’ai toujours des projets de chansons folk que je n’ai jamais sorties. Parce que c’est toujours la même histoire — pour moi en tout cas : quand je suis tout seul, je n’arrive jamais à finir mes trucs. J’ai aussi des projets de chanson française. Et là, je ne suis pas aidé ! (rires) Je suis un peu tout seul dans le délire « c’est cool la chanson française » ! Mais ça se monte petit à petit. Je suis en train d’avancer sur des choses qui n’ont rien à voir avec Lumino, qui ne sont pas du tout électroniques. Plutôt folk. C’est un retour aux sources, puisqu’au lycée mon trip c’était Palace, Will Oldham… Je faisais plein de cassettes.

Benoît : Elles étaient bien tes cassettes !

D’autres projets ?

Benoît : Moi j’adore venir jouer du saxo à droite et à gauche. J’ai participé sur deux morceaux à l’enregistrement du Dylan Municipal. Il faut peut-être qu’on te parle de Damien, à propos. C’était un copain de ma grande soeur quand elle était au lycée, et que j’étais en quatrième. Il a été, par l’intermédiaire de ma soeur, un énorme pourvoyeur de musique indépendante. Avant de le rencontrer, j’écoutais Dire Straits et je m’en satisfaisais ! Damien m’a fait découvrir My Bloody Valentine, Pram…

Tu es passé d’un seul coup de Dire Straits à My Bloody Valentine ?

Benoît : Ouais ! J’ai écouté My Bloody Valentine et je suis resté scotché ! Tombé sur le cul ! Avec le temps, ma soeur étant partie à Bordeaux, elle avait moins de contact avec Damien. Il a fini le lycée, il a monté sa boîte de graphisme (Et Voilà Le Travail).

Olivier : Et avant ça il organisait des concerts.

Benoît : Il a fait jouer Do Make Say Think en 1998 dans un café qui s’appelait Rockline, à Lille. Il y avait 40 personnes ! Il a fait jouer plein de groupes : Pram, Quickspace, Moonshake… Damien avait monté une asso qui se ruinait pour chaque concert ! Ensuite, il est allé s’occuper d’un petit label associatif qui s’appelait Monster Truck avec Amélie (de Peru Peru). Il a monté Pilotti pour faire des compilations de groupes du nord. Il joue de temps en temps avec Peru Peru. Voilà. Il est totalement dans notre univers, et c’est lui qui a produit l’album de Lumino.

Interview par Nico Calibre


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