GRINDI MANBERG : GENÈSE


Première partie de notre interview consacrée à Grindi Manberg, où il est question de la genèse de cette formation musicale sombre et fascinante. Qui pilote dans l’ombre de ce projet ? Qui est-il, où va t-il ?

Romain Thominot, tu es l’instigateur du projet Grindi Manberg. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi, et en particulier sur ton parcours musical ?

Je joue de la guitare depuis les prémices de l’adolescence. La musique était un loisir avant de devenir essentielle. Grindi Manberg est né de l’envie de m’y consacrer presque entièrement. Ce projet a trois ans. Il s’est développé à Reims dans le cadre bienveillant de la Cartonnerie avec Odilon et Kevin que j’ ai rencontré là-bas.

As-tu eu d’autres projets auparavant ? A quoi ça ressemblait ?

J’en ai eu, oui. Quelques-uns. Grindi Manberg est dans la continuité d’un projet que je portais avec un ami, Jérémy. On était deux sur scène. On a fait quelques concerts. On manquait de temps mais ce fut une aventure précieuse.

Sur scène, on te voit jouer tour à tour du clavier, de la guitare, et de la basse. D’où te vient cette polyvalence ? Joues-tu d’autres instruments ?

J’ai pris des cours de guitare pendant quelques années, loin de toute théorie. Pour le reste, c’est venu comme ça, mais mon jeu est limité. Le Juno, c’est assez simple, surtout en utilisant une pédale de sustain qui maintient les accords quand on ôte ses mains. Se retrouver devant un piano, c’est autre chose. J’aimerais apprendre la batterie. Pour le moment, je tape sur mes genoux et fais claquer mes doigts !

Je voudrais jouer de l’Ondéa, ondes Martenot. Et du hang !

« J’aimerais que le live soit en constante mutation et jouer avec plus de musiciens à moyen terme »

Lorsque tu fondes Grindi Manberg, es-tu seul ? Comment fonctionnes-tu avec les deux autres membres du groupe, comment vous êtes-vous rencontrés ?

A l’origine, je suis seul. J’écris et compose dans mon coin. J’ai rencontré Odilon et Kevin à Reims à l’époque d’un stage. Il y a eu un long travail d’adaptation avant de monter sur scène. On ne s’est pas précipités sur les planches. Trouver la bonne formule n’a pas été chose aisée mais on est parvenus, je pense, à un juste équilibre entre l’électronique et l’acoustique. J’aimerais que le live soit en constante mutation et jouer avec plus de musiciens à moyen terme.

En étant trois, qui intervient dans la composition des morceaux ? Est-ce que la tâche est partagée ? Et pour les arrangements des sets destinés au live ?

Les arrangements pour la scène se font à trois, en répétition. On passe beaucoup de temps sur les parties de batterie car je compose souvent les rythmiques sur ordinateur et que l’on souhaite les mêler ensuite à la batterie acoustique, voire n’utiliser plus que cette dernière. Certaines rythmiques peuvent aussi surgir spontanément en répétition, sans qu’elles aient forcément été conçues informatiquement en amont.

Tu as récemment participé à une reprise de « Fade to Grey » de Visage avec le groupe rémois Les Étranges Particules. Si à ton tour tu devais choisir un titre à reprendre, duquel s’agirait-il ?

J’aime beaucoup la ligne de chant de « Fade to grey ». J’allais répondre Bowie mais je laisse à ses chansons sa voix merveilleuse. Disons « Many Rivers to Cross » de Jimmy Cliff parce que je l’ai réécoutée il y a peu et que je me suis surpris à pouvoir la chanter. Je ne suis cependant pas ou plus intéressé par les reprises. C’est contraire à ce désir de me défaire de toute influence quand j’écris.

« Je ne suis cependant pas ou plus intéressé par les reprises. C’est contraire à ce désir de me défaire de toute influence quand j’écris« 

Dans les chroniques que l’on peut lire à ton sujet, tu es associé à la scène rémoise. Pour les inrocks, tu es « parfaitement entouré localement, par la formidable salle de la Cartonnerie, par Guillaume, le punk délicieux des Shoes, ou par la chorale hallucinée de Bewitched Hands ». Qu’entendent-ils par là ? Collabores-tu avec ces groupes de la scène rémoise ? Est elle aussi cohérente qu’elle en a l’air de l’extérieur ?

Je ne sais pas vraiment ce qu’ils entendent par là. Une chose est certaine : je n’ai jamais travaillé avec les Shoes ou les Bewitched Hands. Kevin et Odilon ont été amenés à travailler avec eux, Odilon a remplacé le batteur des Bewitched sur quelques dates. Cela dit, ils nous ont soutenu à travers les réseaux sociaux et les Bewitched ont souvent parlé de nous dans leurs interviews. Je serais heureux de collaborer un jour avec les uns ou les autres. Quant à la scène rémoise, je ne dirais pas qu’elle est cohérente. Certains donnent dans l’électro pure, d’autres dans le rock, d’autres dans la pop… Elle est riche et soutenue par la Cartonnerie ou des associations qui nous relient les uns aux autres.

Les titres de tes chansons sont intrigants. Pourrais-tu en choisir un et nous expliquer ce qu’il raconte ?

« Nitrogenous Wind » :

Sortir par un matin d’hiver et inspirer profondément l’air glacial pour tuer la souffrance qui gît à l’intérieur. Et recommencer jusqu’à l’apaisement.

Quelle importance accordes-tu aux paroles ? Comment décrirais-tu l’équilibre musique/texte que tu cherches et qui caractérise ta musique ?

L’anglais n’est pas un choix facile. La poésie qui me vient en français n’est pas toujours transposable à l’anglais quand ce n’est pas un manque de vocabulaire. Je cherche à ce que les mots coulent de source, qu’ils se fondent dans la mélodie. La plupart du temps, je compose avant d’écrire car les mélodies me viennent plus ‘facilement’ mais il m’arrive de faire l’inverse et c’est alors moins contraignant. Dans ce sens, le champ des possibles est plus large. D’autre part, le texte étant déjà écrit, je ne fais pas de ‘yaourt’ et je ne suis donc pas confronté à la difficulté de remplacer les faux mots par des vrais.

Propos recueillis par Nicolas Fez & Atlas Ibiza

Crédit photos : Cyril Dauneau

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